Nos conseils pour lutter efficacement contre la sédentarité au travail

Ordinateurs, réunions en visioconférence, déplacements en voiture, pauses passées devant un écran… Dans de nombreux métiers, la position assise occupe désormais une grande partie de la journée de travail.

Cette situation concerne évidemment les salariés de bureau, mais pas seulement. Les conducteurs, les commerciaux, les agents d’accueil, les opérateurs de supervision ou encore certains travailleurs affectés à un poste fixe peuvent également être exposés à de longues périodes de sédentarité.

Souvent banalisée, cette exposition constitue pourtant un véritable enjeu de santé au travail. Pour agir efficacement, il ne suffit pas d’encourager les salariés à faire du sport. L’entreprise doit surtout chercher à réduire le temps passé assis sans interruption et à intégrer davantage de mouvement dans l’organisation quotidienne du travail.

Qu’est-ce que la sédentarité au travail ?

La sédentarité correspond aux périodes d’éveil passées assis, allongé ou dans une position caractérisée par une très faible dépense énergétique.

Dans le cadre professionnel, elle se traduit généralement par une succession de longues périodes assises, avec peu de déplacements et peu de changements de posture.

Elle ne concerne pas uniquement les personnes travaillant devant un ordinateur. Les chauffeurs, les conducteurs d’engins, les commerciaux passant une grande partie de leur journée en voiture, les agents d’accueil, les opérateurs de supervision ou encore certains techniciens peuvent également être fortement exposés.

Un salarié peut par ailleurs être physiquement actif en dehors de son travail tout en restant très sédentaire pendant sa journée professionnelle. Une personne peut, par exemple, pratiquer la course à pied plusieurs fois par semaine et néanmoins passer huit heures par jour assise.

Cette distinction entre sédentarité et manque d’activité physique est essentielle. Faire du sport est bénéfique pour la santé, mais cela ne supprime pas entièrement les effets de longues périodes passées assis sans interruption.

Le MET, un repère pour mesurer l’intensité d’une activité

Pour évaluer la dépense énergétique associée à une activité, on utilise le MET, pour Metabolic Equivalent of Task, ou équivalent métabolique d’une tâche en français.

Par convention, 1 MET correspond approximativement à la dépense énergétique d’une personne assise au repos. Une activité évaluée à 2 MET nécessite donc environ deux fois plus d’énergie que le repos.

Les comportements sédentaires correspondent généralement à des activités réalisées en position assise, inclinée ou allongée, avec une dépense énergétique inférieure ou égale à 1,5 MET.

Voici quelques exemples indicatifs :

  • dormir : environ 0,9 MET ;
  • rester assis au calme : environ 1 MET ;
  • travailler assis sur un ordinateur ou effectuer des tâches administratives légères : environ 1,3 à 1,5 MET ;
  • rester debout en réalisant une activité légère : environ 1,8 MET ;
  • marcher à une allure modérée : environ 3 à 4 MET ;
  • monter des escaliers : généralement plus de 4 MET, selon l’allure et les charges transportées.

Ces valeurs restent des estimations. La dépense énergétique réelle varie selon la vitesse, l’effort fourni, la corpulence de la personne et les conditions dans lesquelles l’activité est réalisée.

Elles permettent néanmoins de comprendre qu’il n’est pas nécessaire de pratiquer une activité sportive intense pour rompre une période sédentaire. Se lever, marcher quelques minutes, emprunter un escalier ou effectuer un échange debout augmente déjà la dépense énergétique par rapport au travail assis.

Quels sont les risques liés à la sédentarité ?

Les effets de la sédentarité ne se limitent pas à une sensation de raideur ou d’inconfort en fin de journée. Une exposition régulière à des périodes assises prolongées peut avoir des conséquences sur la santé.

Elle peut notamment favoriser :

  • les douleurs lombaires, cervicales ou articulaires ;
  • certains troubles musculosquelettiques ;
  • une moins bonne circulation sanguine ;
  • la prise de poids et certains troubles métaboliques ;
  • l’apparition de maladies cardiovasculaires ;
  • une augmentation de la fatigue physique et mentale.

Au-delà des conséquences individuelles, la sédentarité peut également avoir des répercussions sur le fonctionnement de l’entreprise : inconfort, fatigue, difficultés de concentration, absentéisme ou diminution de l’engagement.

Sa prévention doit donc être intégrée à la démarche globale de santé, de sécurité et d’amélioration des conditions de travail.

Deux dimensions à prendre en compte : la durée et l’absence d’interruption

Le risque lié à la sédentarité ne dépend pas uniquement du nombre total d’heures passées assis. Il dépend également de la manière dont ce temps est réparti au cours de la journée.

Deux salariés peuvent ainsi passer six heures assis, mais ne pas être exposés de la même façon :

  • le premier reste assis pendant plusieurs heures consécutives ;
  • le second se lève et se déplace régulièrement entre différentes tâches.

Dans les deux situations, la durée cumulée passée assis reste importante. Toutefois, les longues périodes sans interruption constituent un facteur supplémentaire à prendre en compte.

Une démarche de prévention doit donc poursuivre deux objectifs complémentaires :

  • réduire autant que possible la durée totale passée en posture sédentaire ;
  • interrompre régulièrement les périodes assises prolongées.

L’objectif n’est pas d’imposer une règle identique à tous les salariés, mais d’adapter l’organisation aux tâches réellement effectuées et aux contraintes de chaque métier.

Pourquoi le sport en entreprise ne suffit-il pas ?

Mettre en place des séances de sport, proposer un abonnement à une salle ou organiser un challenge de marche sont des initiatives intéressantes. Elles peuvent encourager l’activité physique, renforcer la cohésion et sensibiliser les salariés à l’importance du mouvement.

Cependant, ces actions ne règlent pas à elles seules le problème de la sédentarité.

Un salarié peut participer à une séance de sport pendant sa pause déjeuner, puis rester assis sans interruption pendant tout l’après-midi. Le principal objectif doit donc également être de rompre régulièrement les périodes sédentaires au cours du travail.

Il faut ainsi agir sur deux dimensions complémentaires :

  • développer l’activité physique ;
  • réduire et interrompre les périodes assises prolongées.

Cette distinction permet d’éviter une approche reposant uniquement sur la responsabilité individuelle. La lutte contre la sédentarité ne doit pas se résumer à demander aux salariés de « bouger davantage ».

Elle doit également interroger l’organisation du travail, les équipements, les habitudes collectives et les pratiques managériales.

Comment évaluer la sédentarité dans l’entreprise ?

Avant de mettre en place des actions, il est utile d’identifier les situations de travail les plus concernées.

L’évaluation peut notamment porter sur :

  • la durée quotidienne passée assis ;
  • la fréquence des changements de posture ;
  • la durée des périodes assises sans interruption ;
  • les déplacements nécessaires à la réalisation du travail ;
  • l’organisation des réunions ;
  • les équipements disponibles ;
  • les contraintes qui empêchent les salariés de se lever ou de se déplacer.

Cette analyse ne doit pas se limiter aux postes de travail tertiaires. Un conducteur d’engin, un chauffeur, un salarié affecté à un poste de contrôle ou un agent travaillant sur une ligne automatisée peut également être exposé à une forte sédentarité.

Les échanges avec les salariés sont particulièrement importants. Ils permettent de comprendre les habitudes réelles, mais aussi les freins rencontrés : charge de travail, appels successifs, culture du présentéisme, manque d’espace, réunions trop longues ou crainte d’être perçu comme moins impliqué lorsqu’on quitte son poste.

Les résultats de cette évaluation peuvent ensuite alimenter le document unique d’évaluation des risques professionnels et le plan d’action de prévention de l’entreprise.

Agir sur trois niveaux complémentaires

Une prévention efficace ne peut pas reposer uniquement sur la volonté individuelle des salariés.

Pour réduire durablement la sédentarité, l’entreprise doit agir de manière complémentaire sur les équipements, l’organisation du travail et les comportements collectifs.

1. Les actions techniques

Les actions techniques concernent l’aménagement des postes, des équipements et des espaces de travail.

L’entreprise peut notamment mettre en place :

  • des bureaux réglables en hauteur ;
  • des postes permettant d’alterner entre les positions assise et debout ;
  • des espaces adaptés aux réunions courtes réalisées debout ;
  • des zones permettant de téléphoner en marchant ;
  • des escaliers visibles, facilement accessibles et correctement entretenus ;
  • des équipements partagés nécessitant quelques déplacements ;
  • des espaces de pause agréables et suffisamment éloignés des postes de travail.

Ces solutions doivent être adaptées aux tâches réellement effectuées. Un bureau assis-debout, par exemple, n’a d’intérêt que s’il permet de changer régulièrement de posture.

L’objectif n’est pas de remplacer une position statique par une autre. Rester debout sans bouger pendant plusieurs heures peut également provoquer de l’inconfort. Il faut avant tout favoriser l’alternance entre la position assise, la position debout et les déplacements.

2. Les actions organisationnelles

Les actions organisationnelles consistent à modifier la manière dont le travail est réparti et réalisé.

Elles peuvent notamment permettre :

  • d’alterner les tâches sédentaires avec des activités nécessitant de se déplacer ;
  • de limiter l’enchaînement des réunions et des visioconférences ;
  • de prévoir quelques minutes de transition entre deux rendez-vous ;
  • d’organiser certains échanges debout ou en marchant ;
  • d’intégrer de courtes interruptions dans les activités longues ;
  • de permettre aux salariés de se lever sans désorganiser leur travail ;
  • de réexaminer les objectifs ou les contraintes qui limitent les possibilités de mouvement.

Ces mesures sont essentielles, car les conseils individuels restent peu efficaces lorsque l’organisation contraint les salariés à demeurer assis.

La lutte contre la sédentarité doit donc être prise en compte dès la conception des activités, des horaires, des réunions et des espaces de travail.

3. Les actions humaines et managériales

Les actions humaines visent à faire évoluer les connaissances, les habitudes et les représentations collectives.

Elles peuvent prendre plusieurs formes :

  • sensibiliser les salariés aux effets de la sédentarité ;
  • expliquer la différence entre activité physique et comportement sédentaire ;
  • former les managers ;
  • encourager les changements réguliers de posture ;
  • rendre acceptable le fait de se lever pendant une réunion ;
  • associer les équipes à la recherche de solutions ;
  • valoriser les pratiques simples et facilement applicables.

Le rôle des managers est déterminant. Un salarié se lèvera difficilement pendant une réunion s’il craint de paraître inattentif ou désengagé.

À l’inverse, un manager qui propose une pause, anime ponctuellement une réunion debout ou invite les participants à changer librement de posture contribue à installer de nouvelles habitudes.

Les messages de prévention doivent cependant rester positifs et ne pas culpabiliser les salariés. Il serait incohérent de leur demander de bouger davantage tout en maintenant une organisation qui ne leur laisse aucune possibilité de quitter leur poste.

Sept actions concrètes pour réduire la sédentarité au travail

1. Encourager les changements réguliers de posture

La première mesure consiste à éviter les longues périodes passées dans une même position.

Il ne s’agit pas nécessairement d’organiser de longues pauses. Se lever quelques minutes, marcher jusqu’à une imprimante, aller chercher de l’eau ou échanger directement avec un collègue permet déjà d’interrompre une période sédentaire.

Pour être efficaces, ces interruptions doivent être possibles dans l’organisation réelle du travail, sans entraîner de surcharge ni de pression supplémentaire.

2. Repenser l’organisation des réunions

Les réunions représentent une source importante de sédentarité, en particulier lorsqu’elles s’enchaînent au cours de la journée.

Plusieurs pratiques peuvent être expérimentées :

  • limiter la durée des réunions ;
  • prévoir quelques minutes entre deux visioconférences ;
  • réaliser certains échanges courts debout ;
  • proposer une réunion en marchant lorsqu’aucun support visuel n’est nécessaire ;
  • permettre aux participants de changer librement de posture.

Il n’est pas nécessaire d’organiser toutes les réunions debout. L’objectif est simplement d’éviter que la position assise soit systématique, quelle que soit la durée ou la nature de l’échange.

3. Aménager les postes de travail

Le mobilier peut faciliter l’alternance des postures.

Les bureaux réglables en hauteur permettent, par exemple, de travailler ponctuellement debout. Ils ne constituent toutefois pas une solution suffisante à eux seuls.

L’aménagement doit permettre d’alterner entre :

  • le travail assis ;
  • le travail debout ;
  • les déplacements ;
  • les mouvements légers.

La mise à disposition d’un équipement doit également s’accompagner d’explications. Sans accompagnement, certains dispositifs peuvent être mal réglés, peu utilisés ou employés de manière inadaptée.

4. Faciliter les déplacements utiles

L’environnement de travail peut être conçu de manière à rendre les déplacements plus naturels.

L’entreprise peut, par exemple :

  • installer certains équipements partagés à quelques mètres des postes ;
  • aménager des espaces de pause accessibles et agréables ;
  • favoriser l’utilisation des escaliers ;
  • prévoir des espaces permettant de téléphoner en marchant ;
  • implanter les points d’eau de manière à encourager quelques déplacements ;
  • organiser ponctuellement certains échanges dans un autre espace.

L’objectif n’est pas de compliquer inutilement le travail, mais de créer des occasions régulières de mouvement.

5. Donner l’exemple au niveau managérial

Les habitudes collectives sont fortement influencées par le comportement des managers.

Un salarié hésitera à se lever pendant une réunion si cette pratique paraît inhabituelle ou mal perçue. À l’inverse, un manager qui propose une interruption, organise un échange en marchant ou change lui-même de posture contribue à rendre ces comportements légitimes.

Le message doit être clair : se lever quelques minutes ne signifie pas interrompre son travail ou manquer d’implication. Cela peut faire partie d’une organisation normale et efficace de l’activité.

6. Sensibiliser sans culpabiliser

Une action de sensibilisation peut aider les salariés à comprendre la différence entre activité physique et sédentarité, à identifier leurs habitudes et à adopter des réflexes simples.

Cette sensibilisation peut prendre plusieurs formes :

  • affiches ou supports numériques ;
  • ateliers courts ;
  • causeries santé et sécurité ;
  • campagnes internes ;
  • intégration du sujet dans les formations managériales ;
  • conseils pratiques lors de l’installation au poste.

La communication doit rester réaliste. La sédentarité ne relève pas uniquement des choix personnels : elle peut être directement produite par l’organisation du travail, les outils utilisés et les contraintes du poste.

7. Inscrire la démarche dans la durée

Les challenges de marche ou les journées consacrées à l’activité physique peuvent créer une dynamique, mais leurs effets risquent de s’essouffler s’ils restent isolés.

La prévention de la sédentarité doit être intégrée dans la durée, au même titre que les autres sujets de santé au travail.

L’entreprise peut notamment suivre :

  • le ressenti des salariés ;
  • la fréquence des périodes assises prolongées ;
  • l’utilisation des équipements ;
  • l’évolution des pratiques de réunion ;
  • les difficultés rencontrées par les équipes ;
  • les améliorations proposées par les salariés.

Ces observations permettent d’ajuster les actions et d’éviter de déployer des solutions identiques pour des métiers dont les contraintes sont très différentes.

Quel rôle pour l’employeur ?

La prévention de la sédentarité s’inscrit dans l’obligation générale de prévention des risques professionnels. L’employeur doit évaluer les situations concernées et rechercher des mesures adaptées à l’activité de l’entreprise.

Comme pour les autres risques professionnels, les mesures collectives et organisationnelles doivent être privilégiées.

Avant de compter sur la seule motivation des salariés, l’entreprise doit donc se demander :

  • l’organisation permet-elle de changer régulièrement de posture ?
  • les salariés disposent-ils de marges de manœuvre suffisantes ?
  • les réunions et les outils numériques accentuent-ils l’immobilité ?
  • les managers soutiennent-ils réellement les pratiques favorables au mouvement ?
  • les équipements sont-ils adaptés aux tâches réalisées ?

Cette approche évite de réduire la prévention à quelques conseils individuels. Elle permet de traiter les causes concrètes de la sédentarité dans le travail.

Conclusion

La sédentarité au travail n’est ni une fatalité ni un problème réservé aux salariés qui ne pratiquent pas de sport. Elle résulte souvent de l’organisation du travail, des outils numériques et d’habitudes collectives installées progressivement.

Pour lutter efficacement, l’entreprise doit dépasser les actions ponctuelles et agir directement sur les situations de travail. Encourager les changements de posture, repenser les réunions, adapter les équipements et mobiliser les managers sont autant de leviers accessibles.

L’objectif n’est pas de transformer chaque journée en séance de sport, mais de remettre régulièrement le corps en mouvement. Quelques changements simples, répétés tout au long de la journée, peuvent contribuer à préserver la santé des salariés et à améliorer durablement leurs conditions de travail.